Articles de presse sur les Grains de beautés paru en mars 2007 chez Actes Sud
Extrait de l'article dans "Le Matricule des Anges" n°83 - mai 2007 :

" CARNET DE BEAUTES

Tout en papillonnage étincelant et voluptueuses volutes, Frédéric Clément fait l'éloge de ces sompteux détours où se condensent désir et plaisir.

Drôle de papillon que ce Zérène ainsi que l'a surnommé François Boucher, le "peintre des Grâces", son professeur et maître qui savait si bien faire monter le rouge aux joues de ses jeunes filles, et qui collectionnait les papillons. D'où ce surnom dû aux éphélides constellant le visage de l'élève et évoquant la phalène mouchetée ou Zérène du groseillier. Peintre miniaturiste itinérant, il est mandé
en l'été 1764, au château de la marquise des Ailleurs, jeune veuve pour y faire le portarit de sa famille. Mais la marquise est exquise, et d'une séance de pose à l'autre se tisse vite une relation de Zérène papillote, papillonne, ne sait plus où poser son regard, est ébloui d'éclats, de fards, de toilettes. Dentelles, rubans, mouches enjôleuses, bouillonnements de mousseline, tourbillons de parures ... Face aux merveilles de ce flambant de tous ses feux, son émotion se transforme en émeute. Les appas qui le hantent, et qu'il offre à notre gourmandise, il les caresse de ses pinceaux polissons, et Elle, il l'aquarelle, de jour comme de nuit, avec tant d'impatience et d'ardeur que la Marquise se sent vite "abordée de toute part, griffée, sabrée, bousculée, renversée par (ses) crayons corsaires et (ses) pinceaux pirates". Alors elle lui lance un défi. Elle ne sera à luique s'il lui rapporte des îles de cette mer de Chine qui la font tant rêver, "des bouts, des brins, des grains de beautés" témoignant des voluptueux secrets d'amour de l'Orient. Mais toutes ces beautés devront tenir dans une boîte à mouches qu'elle lui remet et dans laquelle elle glisse une mouche, "la Majestueuse", en guise de "talisman de taffetas".

Zérène accepte le défi. Au labyrinthe ensorcelant de la séduction succède donc une quête labyrinthique, d'île en île, dont témoignent des "Lettres édifiantes et curieuses" et un "Carnet de beautés" où, au fusain, à la sangine mouillée ou à la craie pastel, Zérène va multiplier les miniatures épicées. Un voyage baroque et fantasque au pays des merveilles de la subtilité amoureuse...
...

Immense et fantasmatique jeu de l'oie mettant en scène le parcours libertin du plaisir autant qu'il poétise la géographie amoureuse du corps féminin, Grains de beautés secrète un faire voir, recueille des visions flottantes que mûrissent les palpitations lancinantes du désir comme la musique des soupirs; condense aussi, en grains de matière, la beauté affriolante de ce qui enivre un regard, tout en livrant la clé plastique d'une érotique. C'est brûlant, incarné dans l'hallucination du détail. Frédéric Clément, qui fut longtemps dessinateur et illustrateur manie avec brio la touche, une touche quoi exalte la matière et la couleur, fait délice de sa phrase. Grains de beautés révèle de manière joyeusement impertinente et décalée, notre faim, et notre quête toute moderne, de jouissance. Jusqu'à la dernière île, "île cachée, le grain sacré/salé, le but du Merveilleux Voyage.
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© Richard Blin - le "Matricule des Anges" n°83

SUD OUEST DIMANCHE
Le 6 mai 2007

Ailes et mouches

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Frédéric Clément. Un peintre conquiert sa belle en collectionnant les grains de beauté.

Zérène le peintre s'affriole devant l'exquise marquise, la frôle et l'affole. Elle en frissonne d'imaginer le pinceau qui caresse la toile pour reproduire sa peau, elle entrevoit l'émoi du peintre dessinant le contour de sa nuque ou l'arrondi de l'épaulecomme s'il les touchait. L'exquise marquise pose ses mouches comme autant de grains de désir et met Zérène au défi de parcourir les mers, vers les îles énigmatiques du Levant, qu'elle imagine douées de mystères et de subtiles beautés, Zérène embarque, collectionnant comme des perles - c'est son gage - des grains de beauté pour gagner le coeur et le corps de son aimée. Il lui faudra quelques effusions, quelques transports peu innoncents pour remplir sa boîte à promesses et conquérir la tendresse confuse de la marquise.

Un long poême d'une intense musicalité, mots joués, mots accordés, phrases réduites à la subtance, parfums, impressions, petites touches de sensualité effleurée. Un petit bijou, une sorcellerie entomologique à la délicatesse très orientale."

Isabelle de Montvert-Chaussy


PLAYBOY mai 2007

"Délicat comme un dialogue de salon du XVIIIe siècle, déjanté comme l'imagination d'un écrivain, inventif comme le rêve d'un érudit, ce court texte emmêne très loin des rivages habituels, au bout des mer de Chine d'où le narrateur doit rapporter, s'il veut que la belle marquise succombe, des souvenirs insolites, des beautés minuscules tenant dans une boîte à mouches, petites coquetteries libertines que les femmes jouaient à déplacer sur leur visage..."

Avis aux amateurs de premières éditions :

La première édition des "Grains de beautés" touche à sa fin...

alors...

Dans le MONDE des LIVRES du 12 au 13 juillet 2007