Bel oeil

      Confessions argentiques d'un gardien de phare

" Les Héaux de Bréhat. Calme plat. Nuit du 21 janvier 1887.
4 heures. Ennui du 21 janvier 1887. Pas de lune. Pas sommeil. Mer d’encre de poulpe. Tentacules flasques autour du phare, luisantes, gluantes.
Mon camélia et moi, on vigile par la lucarne. On guette. On végète. Suis pas de quart, c’est le vieil Eugène qui y est, là-haut. Echos de ses sabots dans la salle de veille. Mon camélia et moi, on attend.

Les gardiens de phare, ceux d’Antifer ou des Pierres Noires, des Roches-Douvres, de La Hève, même ceux de l’enfer des enfers, l’Ar-men, au large d’Ouessant, ils ont tous des compagnies, des compagnons qui bougent, qui crient, qui chantent, des serins qui serinent, des chats qui chouinent, des merles qui vous mélancoliquent des chansons de jardin à vous foutre le bourdon, des corbeaux, des grillons qui grésillent dans leur boîte d’allumettes, des goélands éclopés qui grincent du bec et jettent des bordées d’injures
" Un envoûtant roman-poème, érotique et noir, un inquiétant mystère où se mêle la fascination des corps et de la mort. "
Extraits :
Moi, j’ai mon camélia. Depuis plus d’un mois. Cadeau d’Adèle-Marie pour ce Noël 1886. Il est arrivé de Bréhat à la dernière relève, avec le bateau ravitailleur. Suspendu à son filin dans un sac à patates goudronné et dans les bras de l'Eugène agrippé au ballon, tous deux secoués comme des crabes.

Il avait neuf boutons. Mon camélia. Neuf comme les neuf boutonnières du phare des Héaux. Juste neuf boutons à sa vareuse de feuilles cirées. Et sur le neuvième bouton, en haut
... "
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